Faut-il apprendre son discours par cœur pour bien parler en public ?
Lorsqu’une prise de parole approche, beaucoup de personnes ont le même réflexe : écrire entièrement leur intervention, puis essayer de l’apprendre par cœur.
L’intention est compréhensible. Connaître chaque phrase à l’avance donne l’impression de réduire le risque. On espère ne pas chercher ses mots, ne rien oublier et paraître plus sûr de soi.
Pourtant, dans la pratique, c’est souvent l’inverse qui se produit.
Plus vous essayez de réciter parfaitement votre texte, plus vous ajoutez une difficulté à votre prise de parole. Vous ne cherchez plus seulement à transmettre une idée : vous devez également retrouver chaque mot dans le bon ordre.
Et au premier trou de mémoire, tout peut s’effondrer.
J’ai été comédien pendant plus de dix ans. Au théâtre, apprendre un texte mot à mot est évidemment indispensable. Mais le travail ne s’arrête pas là : il faut ensuite suffisamment maîtriser le texte pour ne plus donner l’impression de le réciter.
En prise de parole, vous avez un avantage supplémentaire : sauf situation particulière, personne ne vous impose des mots précis. Alors pourquoi vous ajouter cette contrainte ?
Le piège du discours appris mot à mot
Quand vous apprenez un discours par cœur, votre attention se porte principalement sur votre mémoire.
Pendant que vous parlez, une partie de votre cerveau essaie déjà de retrouver la phrase suivante. Vous êtes alors moins disponible pour regarder les personnes qui vous écoutent, observer leurs réactions et vous adapter à elles.
Votre regard devient plus fuyant. Votre posture peut se figer. Votre voix perd en spontanéité.
Vous êtes physiquement devant votre public, mais mentalement encore enfermé dans votre texte.
Le moindre imprévu peut alors vous déstabiliser : une interruption, une question, une réaction inattendue ou simplement un mot qui ne revient pas. Comme chaque phrase est censée conduire précisément à la suivante, l’oubli de quelques mots peut vous donner l’impression d’avoir perdu tout le fil.
Ce n’est donc pas toujours le manque de préparation qui fragilise une prise de parole. C’est parfois une préparation trop rigide.
Parler naturellement ne signifie pas improviser
Ne pas apprendre son discours par cœur ne veut pas dire arriver sans préparation et compter uniquement sur son inspiration.
Il existe une différence essentielle entre réciter et maîtriser.
Réciter, c’est connaître tous les mots.
Maîtriser, c’est connaître le chemin.
Avant de prendre la parole, vous devez savoir précisément d’où vous partez, où vous souhaitez emmener votre public, où finir et quelles sont les étapes nécessaires pour y parvenir.
Votre intervention peut alors être organisée en blocs d’idées. Chaque bloc correspond à un message essentiel, accompagné éventuellement d’un exemple, d’un chiffre ou d’une histoire.
Vous ne mémorisez plus un texte. Vous mémorisez une structure.
Cette structure vous sert de fil conducteur, tout en vous laissant libre de formuler vos idées avec les mots qui viennent naturellement au moment où vous parlez.
Préparez des blocs d’idées plutôt que des phrases
Imaginez que vous deviez présenter un nouveau projet à votre équipe.
Au lieu d’écrire trois pages de texte, vous pourriez construire votre intervention autour de quatre étapes :
Le problème que vous avez identifié.
La solution que vous proposez.
Les bénéfices attendus.
La prochaine action à mettre en place.
Pour chaque étape, notez seulement quelques mots-clés. Ils doivent vous aider à retrouver votre idée, pas vous imposer une formulation précise.
Grâce à ces repères, vous savez toujours où vous en êtes. Si un mot vous échappe, vous pouvez en utiliser un autre. Si vous oubliez une phrase, votre discours ne s’écroule pas, puisque l’idée suivante reste accessible.
Votre parole devient plus souple, plus vivante et plus résistante aux imprévus.
Répétez à voix haute, mais jamais exactement de la même manière
Relire silencieusement son texte plusieurs fois donne souvent une fausse impression de maîtrise.
Une prise de parole ne se prépare pas uniquement avec les yeux. Elle doit passer par la voix et par le corps.
Entraînez-vous donc à voix haute, debout si possible. Lors de chaque répétition, conservez les mêmes idées et le même ordre, mais autorisez-vous à changer légèrement les mots.
La première fois, votre explication durera peut-être quatre minutes. La suivante, trois minutes trente. Certaines phrases seront différentes, mais votre message restera le même.
C’est précisément ce que vous recherchez.
Vous ne construisez pas une récitation parfaite. Vous développez votre capacité à retrouver votre chemin, quelles que soient les circonstances.
Peut-on tout de même apprendre certaines phrases ?
Certaines parties de votre intervention peuvent être préparées plus précisément.
C’est notamment le cas de votre première phrase. Le début d’une prise de parole est souvent le moment où le stress est le plus fort. Savoir exactement comment vous allez commencer peut vous aider à entrer plus facilement dans votre sujet.
Votre conclusion peut également être formulée avec soin afin de terminer sur une idée claire et forte.
Mais même dans ces deux cas, l’objectif n’est pas de réciter mécaniquement. Vous devez vous approprier ces phrases pour qu’elles restent vivantes lorsque vous les prononcez.
Entre l’introduction et la conclusion, appuyez-vous surtout sur votre structure et sur vos blocs d’idées.
Que faire en cas de trou de mémoire ?
Un trou de mémoire devient particulièrement angoissant lorsque vous pensez devoir retrouver une phrase exacte.
Si vous travaillez à partir d’idées, vous disposez de beaucoup plus de portes de sortie.
Commencez par accepter le silence. Une pause de deux secondes vous semblera probablement très longue, mais elle paraîtra généralement naturelle à votre public.
Respirez, reprenez contact avec les personnes qui vous écoutent et posez-vous une question simple : « Quelle est l’idée que je veux maintenant leur faire comprendre ? »
Vous pouvez aussi reformuler ce que vous venez de dire ou passer directement au bloc suivant. Votre public ne possède pas votre plan. Il ne sait donc pas que vous avez oublié une phrase ou modifié l’ordre prévu.
Bien souvent, il ne remarquera rien.
Cherchez la maîtrise, pas le contrôle absolu
Une bonne prise de parole n’est pas un texte parfaitement récité.
C’est une pensée claire qui se construit devant les autres.
Pour y parvenir, vous devez préparer sérieusement votre structure, répéter à voix haute et travailler votre regard, votre posture et votre voix. Plus ces repères sont solides, moins vous avez besoin de vous accrocher à chaque mot.
Le naturel ne consiste pas à ne rien préparer.
Il apparaît lorsque la technique est suffisamment travaillée pour que vous puissiez enfin vous concentrer sur l’essentiel : ce que vous voulez transmettre et les personnes à qui vous vous adressez.
C’est cette approche que nous travaillons dans les ateliers collectifs Impact Prise de Parole à Paris. Pendant cinq semaines, chaque participant prend la parole à chaque séance, expérimente différents exercices et bénéficie de retours personnalisés pour gagner en aisance sans réciter un discours appris par cœur.
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